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Je suis proche d’un joueur de jeux d’argent et de hasard

La pratique des jeux d’argent et de hasard est une activité ancienne ayant traversée différentes sociétés et faisant partie de notre histoire et culture. Utilisés comme divertissement, les jeux d’argent et de hasard constituent aussi une source de revenu pour les états.

Pour une majeure partie de la population, l’usage des jeux d’argent et de hasard correspond à un plaisir, un loisir, et un moment de convivialité.

Pour une autre partie, le comportement de jeu peut devenir excessif entraînant des dommages dans de nombreux domaines de la vie. Il peut atteindre les finances, dégrader les relations familiales, sociales, professionnelles. Il peut également altérer la santé psychologique.

Dans le cadre des jeux d’argent et de hasard, on parle d’addiction comportementale. Elle se caractérise par la place prédominante que va prendre le jeu dans la vie du joueur, par une perte de contrôle du comportement de jeu, et par le maintien de celui-ci malgré des conséquences néfastes. Dans le cadre de l’addiction aux jeux d’argent et de hasard, le jeu peut parfois devenir un moyen pour le joueur de réguler des émotions difficiles ou encore d’échapper à une réalité complexe.

Plusieurs facteurs peuvent être impliqués dans l’installation du comportement addictif :

-Facteurs liés à la personne (par ex., neurobiologiques, cognitifs, de personnalité, psychopathologiques)

-Facteurs liés à l’environnement de la personne (par ex., amis, famille, facilité d’accès au jeu, publicités des opérateurs de jeu)

-Facteurs liés aux jeux d’argent et de hasard (par ex., gain et perte, hasard, rapidité des résultats, jeu en ligne, obtenir un gros gain, marketing et offres commerciales, etc.)

Votre proche peut avoir une pratique de jeu régulière et contrôlée, sans rencontrer de difficultés particulières.

Cependant, dans d’autres cas, il va parfois y consacrer plus de temps et d’argent et particulièrement lorsque l’on gagne des sommes importantes.

Le fait de jouer régulièrement peut entraîner des pertes d’argent parfois conséquentes. Dans ce cas, le joueur peut être tenté de continuer à parier et de se refaire pour regagner les sommes perdues. Le jeu peut alors devenir problématique avec le risque de perdre le contrôle.

Une conduite addictive démarre souvent par un comportement procurant du plaisir (boire, jouer, manger, fumer, etc.).

L’un des critères de l’addiction correspond à l’incapacité à contrôler le comportement (jouer) et ce malgré les conséquences négatives (par ex., perte d’argent, tension familiales, problèmes au travail, stress, angoisse). Le jeu d’argent et de hasard est alors utilisé pour procurer de la satisfaction et/ou apaiser les tensions ou les difficultés. 

Le jeu d’argent pathologique est reconnu comme une pathologie et une addiction dans les manuels diagnostics médicaux (Organisation Mondiale de la Santé, Association Américaine de Psychiatrie).

 

L’addiction ou conduite addictive est le résultat de l’interaction de trois types de facteurs : la personne, l’environnement et l’objet de l’addiction.

Parmi les facteurs liés à la personne, on peut citer des vulnérabilités comme l’impulsivité, la recherche de sensation forte, des difficultés à la gestion émotionnelle des événements, des troubles de l’humeur (par ex., dépression), de l’anxiété ainsi que la précocité de l’usage et de l’initiation (par ex., jouer en étant mineur avec un proche). L’histoire de vie et certains traumas peuvent être également des vulnérabilités aux conduites addictives.

Le contexte peut aussi favoriser la survenue ou la poursuite d’un comportement problématique : un changement dans le mode de vie (chômage, précarité, deuil, retraite, etc.) ou une accessibilité plus forte comme la proximité des lieux de jeux ou les jeux présents 24h/24h en ligne. L’environnement social (proches, amis, famille, etc.) influence aussi le comportement (par ex., les règles et valeurs partagées autour de la pratique de jeu, avoir des joueurs dans l’entourage, être autorisé facilement à jouer).

Pour les jeux eux-mêmes, certains critères, comme un délai court entre la mise et le résultat ou encore la fréquence élevée des parties possibles favorise l’addiction. C’est le cas par exemple des machines à sous ou du pari en « live betting » (parier au cours du match dans le cas du pari sportif).

Le temps que votre proche emploie à jouer est une manière d’estimer la place que le jeu prend dans sa vie. Sa manière de parler du jeu également : par exemple, envisage-t-il cette activité comme un passe-temps ou comme un moyen de s’enrichir ? En comprenant sa manière d’appréhender le jeu, vous pourrez mieux définir l’importance qu’il lui donne.

Si votre proche joue de manière excessive, il est probable que son comportement en soit modifié, qu’il devienne irritable ou qu’il se replie sur lui-même. Il peut aussi accorder moins d’importance à certaines activités anciennement investies et s’éloigner d’engagements personnels ou professionnels.

Une pratique excessive de jeu peut s’accompagner d’un impact sur les finances avec parfois comme conséquences la présence de dettes, l’utilisation fréquente du découvert, ou des demandes d’argent régulière auprès de l’entourage.

Un seul de ces éléments n’est pas suffisant pour évoquer un jeu problématique, mais peut-être que plusieurs de ces signes vous conduiront à vous inquiéter et à vous demander comment agir.

Face aux difficultés occasionnées par l’addiction au jeu d’argent et de hasard votre relation avec votre proche peut s’en trouver compliquée. Des tensions peuvent s’amplifier avec un besoin important d’intervenir auprès de lui. Déceler le problème est une chose, savoir si votre proche le reconnaît et qu’il est motivé pour changer en est une autre.

Vous pouvez adapter le dialogue en fonction de la motivation à changer de votre proche. Bien qu’il puisse parfois exprimer le souhait d’arrêter, le joueur problématique n’arrive plus la plupart du temps à se sortir du jeu. Le cheminement pour arriver à un réel changement de son comportement de jeu peut être plus ou moins long (par ex., déclic, prise de conscience, désir de changer, mise en place de solutions et stratégies, maintien des résolutions).  

Voici quelques attitudes que nous vous conseillons face au joueur :

  • Signalez au joueur le souci que vous vous faîtes.
  • Exprimez les inconvénients que vous rencontrez
  • Il n’est pas utile de mettre la pression au joueur en abordant frontalement la question du jeu et de la responsabilité (par ex., c’est de ta faute, le jeu gâche tout)
  • N’essayez pas de résoudre tous les problèmes qui découlent de la situation de jeu car cela n’aidera pas votre proche à prendre conscience de la problématique.
  • Ne cherchez pas à trop vous adapter aux habitudes de jeu
  • Il est normal de s’épuiser ou de ressentir de la colère. Il est important de garder du temps pour soi et prendre soin de soi, afin de prendre de la distance.
  • Si votre proche parle de changement, ne pas lui donner trop de directives mais laisser lui exprimer ce qu’il pense faire et l’informer des aides possibles.

Il est possible de se renseigner sur le jeu avant d’entamer le dialogue et chercher à mieux comprendre le point de vue de chacun, par exemple en demandant à exprimer ce qu’il éprouve en jouant.

Ne pas rester seul dans cette situation et penser à passer le relai si nécessaire et encourager à se faire aider. Vous pouvez prendre conseil en en parlant avec quelqu’un de confiance ou un professionnel, le médecin traitant, avoir recours à la consultation en CSAPA, ou à une écoute téléphonique (Cf. section Besoin d’aide ci-dessous).

Dans le cas de difficultés financières, protégez vos finances, comme en refusant autant que possible de prêter de l’argent ou de se prêter caution. Il est possible d’envisager la séparation des comptes et la répartition équitable des dépenses courantes. Il est à noter que dans le cadre du mariage ou du PACS, le partenaire n’est pas solidaire des dettes engendrées par le jeu. Des recours sont possibles comme l’aide d’un service social pour résoudre au mieux la situation financière (par ex, rachat de crédit, dossier de surendettement).

Si votre proche fait la démarche de se faire accompagner, vous pouvez lui demander comment il veut être soutenu. Vous pouvez par exemple l’aider à aborder autrement ses problèmes et ses sentiments, valoriser ses efforts et sa volonté d’agir.

Sachez que la réussite du soin repose sur une démarche volontaire et sur l’alliance qui se noue avec le professionnel. Seul votre proche peut arrêter ou contrôler sa pratique. Parfois, il lui sera inenvisageable d’arrêter ou de se contrôler. Il faut souvent du temps avant de pouvoir bouger ses conduites de jeu. Certains joueurs voudront atteindre leur objectif de changement progressivement et d’autres d’un seul coup. Il faudra prendre du recul pour évaluer votre capacité à supporter la situation.

Au-delà des conseils proposés sur ce site, il est toujours possible de consulter un professionnel qui accompagne les personnes ayant des problématiques de jeu et leur entourage.

Vous trouverez dans le lien ci-dessous les consultations non payantes en Hauts-de-France au sein du Pôle Régional de Spécialisation sur les Addictions aux Jeux.

En tant qu’entourage de joueurs, vous serez accueillis par des professionnels spécialisés sur la question des problématiques de jeu. Vous pouvez trouver de l’écoute et du soutien concernant les difficultés que vous percevez chez votre proche, vos difficultés d’être dans l’entourage d’un joueur excessif mais aussi des conseils pour mieux parler aux joueurs et s’adapter aux situations problématiques.

N’oubliez pas que vous pouvez aussi en parler aux personnes qui vous accompagnent déjà, à votre médecin traitant et à vos proches. Si possible, ne restez pas isolé.

Vous pouvez trouver différents sites permettant de vous orienter vers une consultation sur les addictions aux jeux en France :

Institut Fédératif des Addictions Comportementales (https://ifac-addictions.chu-nantes.fr/) est porté par le CHU de Nantes et propose de nombreuses informations sur les addictions comportementales y compris pour le jeu d’argent et de hasard. Une page de leur site est dédiée à un annuaire des centres accompagnant des joueurs (https://ifac-addictions.chu-nantes.fr/annuaire-des-centres-de-soins-1)

Joueurs-info-service (joueurs-info-service.fr) de Santé Publique France est un site internet destiné aux joueurs et à leur entourage se posant des questions sur le jeu excessif et les mécanismes associés. Ce site recense les structures d’addictologie existantes dans la France entière. Ils ont également une ligne d’écoute gratuite et anonyme, ainsi qu’un tchat. Il faut indiquer une adresse, ville ou département sur cette page puis vérifier dans le descriptif des structures si elle accompagne les joueurs (https://www.joueurs-info-service.fr/Tout-savoir-sur-le-jeu/Se-faire-aider/L-aide-specialisee)

SOS Joueurs (https://www.sosjoueurs.org/) est une association faisant partie d’ARPEJ et qui peut vous aider à distance sur les problématiques de jeu mais aussi vous orienter vers des structures en France. Un lien permet d’être rappelé par SOS joueurs (https://www.sosjoueurs.org/sortir-addiction-aux-jeux).

 

D’autres possibilités vous sont offertes :

-Programme d’auto-aide en ligne proposé par Le Pélican en Belgique (https://lepelican-asbl.be/aide-en-ligne/)

-Groupe de parole en ligne des Joueurs Anonymes composé de personnes ayant une problématique en lien avec le jeu et visant l’abstinence du jeu (https://joueurs-anonymes.com/index.php/a-propos-de/)